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DJAM 1

17 février 2026 à 19:46, Aucun commentaire

Rostov Bjevik était un artiste raté. Il engrangeait ses travaux chez lui, un appartement miteux qui commençait à sentir le moisi et la poussière. Rostov allait fêter ses 25 ans, mais il n’avait ni famille, morte pendant la guerre civile, ni amis dans le pays où il avait fini par s’installer.

Pour autant, il était resté d’un optimisme à toute épreuve : chaque jour était censé selon lui, lui apporter son lot de surprises et de bonnes nouvelles. De la nourriture dans son réfrigérateur ? Bonne nouvelle ! Le beau temps dehors ? Bonne nouvelle ! Il n’avait pas plu par le plafond crevé de sa chambre ? Bonne nouvelle !

Rostov Bjevik était tchèque et son pays toujours en proie à la guerre civile, guerre qui avait fini par s’étendre chez les pays voisins et due aux incursions armées des milices et des groupes paramilitaires pourtant interdits dans le pays. La situation était totalement contenue, entre l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie et la Pologne mais, passant par la Morava et le Danube, les forces qui cherchaient à déstabiliser les régimes en places recevaient régulièrement des ressources et des volontaires clandestins soutenus par d’autres pays.

En Hongrie, Rostov avait élu domicile dans un quartier de Dunaújváros, ville située le long du Danube. C’était par les eaux qu’il rejoignit la Hongrie, flottant parmi les cadavres de ses parents et de son frère. Recueilli par une ONG, il fut soigné puis, remis sur pied, relâché « dans la nature ».

Depuis, il menait une vie de misère, n’ayant que pour ambition de peindre et d’écrire. Les murs de son appartements avaient été une fresque où chaque détail racontait son histoire, de sa naissance jusqu’à son arrivé à Dunaújváros. Quand il eut fini de peindre son histoire, il repeignit méticuleusement l’entièreté de ses murs à la peinture blanche. Enterrer son histoire, son passé semblait être la meilleure chose à faire pour continuer à vivre.

Alors qu’il déambulait dans la ville à la recherche de peinture, son regard fut soudainement accroché par une affiche : « Gagnez votre vie décemment en donnant vie à votre art ! ». L’affiche montrait un homme et une femme, souriant, un pinceau à la main et des tableaux en fond qui semblent sortir de leurs toiles. Ne parlant pas très bien le Hongrois, Rostov mit du temps à déchiffrer l’adresse du lieu où semblait se passer ce qui ressemblait à un job-dating.

Rostov se mit alors en route vers ce potentiel eldorado bienvenu. Arrivé sur place, il entra dans un bâtiment qui apparaissait tout de même comme désaffecté. Après la porte d’entrée, il ne restait que deux mètres carrés sous forme d’un couloir ainsi qu’une porte d’ascenseur. Tout était d’un blanc immaculé.

L’ascenseur ne comportait qu’un seul bouton encore fonctionnel, celui du 5ème étage. Les autres avaient été délogés de leurs emplacement. Rostov appuya sur le bouton du 5ème. L’appareil s’ébranla doucement et grimpa les étages dans un son feutré.

Les portes battantes s’ouvrirent et Rostov fut alors accueilli par les deux personnes figurant sur l’affiche, ainsi que par un homme plus âgé.

- « Bienvenue, bienvenue ! Vous êtes notre premier visiteur ! Quel est votre nom je vous prie ? » s’exclame l’homme plus âgé.

- « Rostov. » répond simplement Rostov, avec son accent trahissant un ton slave.

- « Oh ! Vous êtes Polonais ? » demande l’homme plus agé en Polonais. Sans réponse de la part de Rostov, il repris : « Vous êtes Tchèque ? ».

Son accent était impeccable.

- « Oui. Qui êtes vous ? », demande Rostov.

- « Je suis Karsa, et voici Emese (en désignant la fille) et Farkas (en désignant le garçon). Comme je vous le disais plutôt, Monsieur Rostov, vous êtes notre premier visiteur. Nous recherchons des artistes de toutes sortes pour donner corps à un nouveau projet scientifique ! »

- « Je sais peindre, je sais écrire. J’ai besoin d’argent pour acheter de la peinture, du papier, des stylos. Je ne connais pas bien la science. », répond Rostov.

- « Aucun problème ! Tout ce que vous avez à faire, c’est peindre et écrire. Le reste, c’est notre affaire. Quant aux fournitures, ne vous en faites pas, nous vous fournirons tout ce dont vous avez besoin. Avant cela, nous allons tout de même vous demander de nous montrer l’étendu de votre art. Nous devons évaluer vos capacités, vous comprenez ? »

- « Je n’ai pas de papier, de pinceaux et de peinture. »

- « Ne vous en faite pas, tout ce dont vous avez besoin vous attend dans la salle à côté. Suivez moi je vous prie. »

- « Vous savez, tout ceci ressemble étrangement à un piège dans lequel je n’ai vraiment pas les moyens de m’extirper. »

- « Un piège ? Peut-être, mais certainement pas de notre part, Monsieur Rostov. »

Rostov et Karsa arrivèrent dans la salle décrite plus tôt, comportant une table de dessin réglable, un pan entier de mur recouverts d’étagères sur lesquelles tout ce qui semblait exister pour peindre, dessiner ou écrire y était rangé et étiqueté. Rostov s’installait à la table de travail quand Emese lui apporta une toile, un pinceau et un pot peinture noire, puis elle et les deux autres sortirent de la pièce.

Rostov commença à peindre une charmante petite bourgade composée d’une dizaine de maisons et des bâtiments plus hauts. Il entoura cette bourgade d’arbres mais laissa tout de même un accès à l’eau au sud, ainsi qu’un chemin ombragé au nord. Lorsque le tableau fut fini, Farka reprit la toile et l’accrocha au mur, pendant que Karsa et Emese lui donnait des instructions : « Plus à gauche, plus à droite ». Quand le tableau fut enfin droit, les quatre personnes observèrent le tableau.

- « C’est magnifique Monsieur Rostov. » Seul Krasa semble pouvoir parler. « C’est d’autant plus merveilleux que c’est exactement le genre de travail qu’il nous fallait. Je vous explique : nous vivons une époque troublée et j’ai bien peur que celle-ci ne s’arrange pas. Surpopulation, guerres, famines, réchauffement climatique, … et j’ai eu une idée. Pas de ces grandes idées farfelues comme coloniser Mars, non, c’est à mon sens impossible et idiot de gâcher des ressources quand on peut coloniser… Le monde d’après. »

- « Le monde d’après ? »

- « Exactement. Cela fait déjà plusieurs années qu’avec une équipe de scientifique, nous explorons la possibilité de créer une planète. Une planète artificielle, puisque l’univers n’y serait pour rien la dedans, mais une véritable planète, alimentée par des artistes tels que vous. Un problème de place ? Hop, une nouvelle ville. Un problème de famine ? Hop, des vivres en pagaille ! Le réchauffement climatique ne serait pas un problème puisque l’écosystème serait entièrement géré par vos soins ! »

- « Vous n’avez pas peur que quelqu’un cherche à détruire ces mondes en peignant le contraire de ce que vous attendez ? »

- « Hélas, c’est une possibilité. C’est précisément pour cela que nous organisons ce job-dating ! »

- « Le village que je viens de peindre, va-t-il exister ? »

- « Absolument ! Venez avec moi, je vais vous montrer ! »

Dans un coin de la pièce principale, des escaliers menaient aux étages inférieurs. C’étaient des laboratoires, dédales entièrement vitrés où s’afférèrent des centaines de personnes. Rostov, Farkas, Karsa et Emese étaient totalement invisible à leurs yeux : un ballet de scientifiques menés par un objectif qui leur est commun : « Le monde d’après ».

Six étages plus bas, au deuxième sous-sol, une immense pièce de la taille de la superficie au sol du bâtiment contenaient un ordinateur et un anneau allant du sol au plafond.

- « Voici la salle du portail. » explique Karsa.

- « C’est cet anneau, là ? » demande Rostov.

- « Exactement. Vous vous rappelez de votre tableau et de la façon où nous l’avons accroché ? Eh bien dans les murs de la pièces où est encore le tableau, des caméras et d’autres dispositifs très complexes s’y trouvent également. Cet ensemble… lit … si je puis me permettre votre tableau. »

L’ordinateur émit un bip strident.

- « Ah, c’est prêt ! »

L’intérieur de l’anneau se mit à scintiller puis le tableau dessiné apparu, transformé en une photographie. Rostov, émerveillé, s’approcha au plus prêt.

« Allez-y, vous pouvez vous approcher aussi prêt que vous le voulez. Ne vous en faites pas, vous ne courrez aucun risque. »

Un grand bruit se fit alors entendre dans l’escalier puis contre la porte qui s'ouvrit et les corps de Farkas et Emese s’effondrèrent sur le pas de la pièce, bloquant la fermeture automatique.

Un commando de six personnes, avec un lourd armement entrèrent avec fracas. Rostov leur faisant face recula de peur. Karsa n’eut le temps de protester et fut exécuté d’une balle dans la tête. L’ordinateur fut également truffé de balles.

Rostov trébucha et passa à travers l’anneau. Le commando tira toutes ses munitions mais échoua à tuer Rostov qui disparu dans le portail qui se referma lentement sur lui.

- « Tant pis pour lui, il est seul et il mourra certainement. Cette technologie ne verra pas le jour. Il ne pourra pas revenir. Brûlez tout et faites en sorte que le bâtiment s’effondre. »

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